OPERATION PERE NOËL

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(Le Père Noël, qui a dû remplacer ses rennes par des chameaux, est perdu dans le désert)
Tout à coup, alors qu’il entamait son quatre mille six cent douzième Notre Père, il fut plaqué au dossier du traîneau par une accélération qu’il estima égale, voire supérieure à 2 G. Les chameaux, faisant feu des quatre fers dont ils n ‘étaient pas pourvus, s’étaient lancés dans une course éperdue, droit devant, sans jamais dévier de la trajectoire qu’ils avaient choisie. Le Père Noël pensa d’abord qu’un serpent les avait effrayés au point de les emballer, mais son regard fut soudain attiré par un phénomène étrange : les six chameaux exhibaient une érection magnifique ! Le vieil homme se demandait encore s’il serait lui-même capable, avec un tel handicap, de pulvériser le record mondial de vitesse comme le faisaient présentement les camélidés, lorsqu’il aperçut, sur la crête d’une dune, une caravane providentielle que son attelage eut tôt fait de rejoindre. Aussitôt, le mystère se dissipa : une ravissante et timide chamelle exhalait les effluves enivrants qui, à des kilomètres à la ronde, signalent aux prétendants qu’ils seraient les bienvenus pour les jeux de l’amour.
Eperdu de reconnaissance, le Père Noël obtint des Bédouins compréhensifs que ses six sauveurs honorent chacun leur tour l’objet de leur flamme, aida lui-même le quatrième, trop court sur pattes, à trouver lui aussi le chemin du bonheur, et accepta alors seulement de s’asseoir dans une tente.
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(Barbara Althright, Major de l' armée des Etats Unis d'Amérique est le chef du commando chargé de traquer et d'abattre le Père Noël qui se cache actuellement en Afrique)
-Que vous pense de la situation ? demanda-t-elle au Président qui s’était retiré sous sa tente.
-C’est la cata ! Si on retrouve pas cet enfant de salaud, les Français me rendront pas ma montre. C’est pas la cata, ça ?
-Of course, reconnut Barbara compatissante, mais ça être qu’une montre, après tout.
-Ca être qu’une montre, la singea N’Gor. Mais quelle montre! Jamais je ne retrouverai la même !
Désespéré, il éclata soudain en sanglots et chercha refuge sur l’épaule du Major. L’Américaine réprima un haut-le-corps, refoula un haut-le coeur mais n’eut pas la cruauté de repousser l’infortuné Colonel-Président, aussi noir fut-il. Elle lui passa même un bras autour des épaules et sentit sous sa main tressaillir les muscles puissants de l’Africain. Le souffle brûlant sur son cou, près de son oreille, de l’homme en larmes et l’odeur de sueur qu’il dégageait accentuèrent son émoi. Elle ressentit, le long de sa colonne vertébrale, les picotements annonciateurs d’un trouble auquel elle n’avait jamais su résister. Presque inconsciemment, elle commença fébrilement à dégrafer la tunique de son uniforme tandis que Bienvenue N’Gor, qui n’avait jamais fait l’amour à une femme blanche et moins encore à un Major de l’armée des Etats-Unis d’Amérique, glissait sa grosse main noire entre les cuisses laiteuses. Mais le Dieu des Blancs, jetant par hasard un regard distrait sur cette partie du monde, ne permit pas le monstrueux accouplement contre nature. Au moment même où le grand-père de Barbara, de son vivant membre actif du Klux Klux Klan, se retournait dans sa tombe pour échapper à l’ignoble spectacle, des coups violents ébranlèrent le poteau d’entrée de la tente.
-Monsieur le Président, mon Colonel, on l’a retrouvé !
Bienvenue N’Gor sortit précipitamment, en tenant sa casquette à la main pour camoufler l’énorme protubérance qui déformait son short.
-Où qu’il est, cet enfant de salaud ?
-Avec des Bédouins, à dix kilomètres d’ici, au point d’eau.
Le colonel s’engouffra dans une jeep dont il prit lui-même le volant et démarra en trombe. Barbara Altright, un capitaine, un adjudant et deux caporaux réussirent à sauter dans le véhicule en marche qui prit aussitôt la direction indiquée. Malgré l’état lamentable de la piste, la distance fut franchie en moins d’un quart d’heure. Mais lorsque les poursuivants arrivèrent sur les lieux, un hélicoptère s’élevait dans les airs, semblant les narguer. Le feu nourri de la mitrailleuse lourde maniée par un caporal inexpérimenté manqua sa cible qui ne fut plus bientôt qu’un point disparaissant dans le ciel.
Le Colonel-Président savait que la nuit porte conseil et ce n’est que le lendemain matin qu’il rassembla les Bédouins pour mettre à exécution le plan qu’il avait conçu. S’adressant au Chef, il se mit à hurler :
-Si tu tiens à ta peau, tu vas me dire où qu’il est parti, le Père Noël, fils de pute.
-Jamais !
Fou de rage, Bienvenue N’Gor sortit une tronçonneuse de la jeep. L’engin vrombit à la première tentative et le bras droit du supplicié tomba à terre tandis que jaillissait un superbe geyser de sang qui teinta artistiquement de rouge un baobab éloigné de dix mètres.
-Et maintenant ?
Le Bédouin se racla le fond de la gorge et le crachat atteignit le front de son tortionnaire
Le bras gauche rejoignit le bras droit.
-Toujours pas décidé ?
-Non !
La jambe gauche fut sectionnée à la hauteur de l’aine. L’homme se tenait toujours debout, à cloche-pied, comme s’il jouait à la marelle.
L’amputation de la jambe droite le fit enfin choir mais sa détermination ne faiblit pas. N’Gor s’apprêtait à décapiter le tronc lorsque Barbara intervint :
-Vous laisse moi faire.
Elle sortit de son sac une seringue qu’elle emplit du liquide d’une mystérieuse ampoule et, ne disposant ni d’un bras ni d’une cuisse où planter son aiguille, elle pratiqua l’injection sur le seul organe saillant du reste d’homme gisant à terre.
-Penthotal, expliqua-t-elle, sérum de vérité.
Elle patienta un moment avant de se pencher sur le moribond.
-Et maintenant, vous dire ou partir Père Noël
La réponse vint, dans un souffle :
-Aérodrome de Kombaté ... puis ... jet pour... Chine
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